Vie rapide, pensée trop lente …

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La pensée ne peut jamais capturer le mouvement de la vie, elle est beaucoup trop lente. C’est comme l’éclair et le tonnerre. Ils arrivent simultanément, mais le son, voyageant plus lentement que la lumière, vous atteint plus tard, créant l’illusion de deux événements séparés.

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Un commentaire sur “Vie rapide, pensée trop lente …

  1. Blablabla :

    U.G. Krishnamurti (Uppaluri Gopala Krishnamurti 9 juillet 1918 – 22 mars 2007) est un penseur Indien qui rejetait la base même de la « pensée » en termes de Réalité Ultime ou de Vérité. Ce faisant, il niait tout système de pensée ou de connaissance s’y référant. Affichant son détachement aux accents de cynisme parfois un peu nihiliste comme ou peut trouver chez Diogène ou Nietsche, il n’a pas laissé indifférent, créant des opinions vivement divisées : considéré comme un éveillé par les uns ou comme un vulgaire charlatan par les autres. La vérité est peut-être entre les deux. (Il ne faut pas confondre U.G. Krishnamurti et un autre ex-théosophe du même nom : Jiddhu Krishnamurti dont nous avons parlé par ailleurs en abordant la théosophie.)

    D’abord, évitons de penser qu’U.G. Krisnamurti n’est qu’un intellectuel. Il suffit de se pencher un peu sur sa biographie pour s’apercevoir qu’il a été un chercheur extrêmement sérieux, accumulant des années de yoga auprès d’un maître, d’autres années de recherches au sein d’une société ésotérique, des pèlerinages et des échanges avec des saints, le tout animé par un désir intense de compréhension. Puis il y eut l’expérience de mort en pleine conscience, a partir de laquelle il a bénéficié de cette aura d’Eveillé pour beaucoup de chercheurs, tenant un discours un peu nihiliste, très intéressant. Quel est le fond de son enseignement? Qu’il n’y a pas d’enseignement. Que la seule chose qu’il puisse faire c’est détruire une certitude, puis ensuite détruire la certitude qui a détruit la précédente etc, mais que finalement, l’expérience qu’il a eu est sans rapport avec tout cela, même avec la spiritualité, les pratiques etc.

    « Je n’ai pas d’enseignement. Il n’y a rien à préserver. Enseigner implique quelque chose qui peut être utilisé pour apporter le changement. Désolé, il n’y a pas d’enseignement ici, juste des phrases décousues, déconnectées. Ce qu’il y a là n’est que votre interprétation, rien d’autre. Pour cette raison il n’y a pas maintenant, pas plus qu’il n’y aura jamais, la moindre sorte de copyright pour quoi que ce soit que je dise. Je n’ai pas de revendications. »
    « Je suis forcé par la nature de votre écoute de toujours nier la première affirmation par une autre affirmation. Puis la seconde affirmation est niée par une troisième et ainsi de suite. Mon but n’est pas quelque thèse dialectique confortable mais la négation totale de tout ce qui peut être exprimé. »

    Avant d’en arriver là, quelle a été son expérience? Il y a un évènement qu’UG a raconté, mais qu’il ne semble pas mettre vraiment en rapport avec son expérience. Pourtant! Suivez mon regard :

    En 1939, à l’âge de 21 ans, U.G rencontre Ramana Maharshi. U.G raconte lui avoir alors demandé : « Cette chose appelée moksha [Illumination], pouvez-vous me la donner ? ». Ce à quoi Ramana Maharshi aurait répondu : « Je peux la donner, mais peux-tu la prendre ? ». Cette réponse a complètement transformé les perceptions qu’avait U.G du « chemin spirituel » et de ses pratiquants, et il ne rechercha jamais plus le conseil de « ces gens spirituels ». Plus tard, U.G dira que la réponse du Maharshi (qu’il avait perçue comme « arrogante ») l’a remis « dans le droit chemin » .

    Des années plus tard, UG subit une série de transformations physiques (il semble selon certaines source qu’il a beaucoup rajeuni, en tout cas lui ressentait des changements importants aussi divers que variés certains ont attesté ces changements). Et tout ces changements semblent déboucher sur l’expérience dont nous parlions plus haut de l’extase la plus avancée (nirvikalpa samadhi) :

    Quelque chose se produisit en moi: l’énergie vitale issue des diverses parties du corps convergeait vers un point focal. Je me dis alors: « Te voici maintenant parvenu au terme de la vie. Tu vas mourir ! ». J’appelai Valentine et je lui dis: « Je vais mourir, Valentine, et il te faudra disposer de mon corps. Remets-le aux médecins; ils pourront peut-être l’utiliser. Je ne crois pas à l’incinération, ni aux funérailles, ni à tout ce bazar. Dans ton intérêt, tu devras en disposer. Il en viendrait un jour à sentir mauvais… Alors pourquoi ne pas t’en débarrasser ? ». Elle me dit: « Tu es étranger. Le gouvernement suisse ne voudra pas de ton corps. Laisse tomber !… », et elle sortit. Et la même histoire reprit: cet effrayant mouvement d’une force de vie, convergeant, semblait-il, vers un point donné… J’étais étendu sur le sofa. Le lit de Valentine était vide. J’allai m’y étendre, prêt à tout évènement. Valentine allait et venait sans me prêter la moindre attention. Elle me disait: « Un jour, tu dis que telle chose a changé, le lendemain, c’est encore une autre chose et ainsi de suite ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? ». Elle n’avait jamais pris le moindre intérêt aux questions religieuses… « Tu dis que tu vas mourir. Tu ne vas pas mourir. Tu es bien, tu es gaillard et en pleine forme ! »… Le phénomène continua de suivre son rythme. Toute l’énergie vitale avançait vers quelque point focal situé je ne sais ou. Tout se passait comme si l’objectif d’une caméra essayait de se refermer— c’est la seule comparaison qui me vienne. En fait, ma description est tout à fait différente de ce qui se passait réellement parce qu’il n y avait alors personne pour employer mentalement ces termes. Tout cela fait partie de mon expérience vécue, sinon je ne pourrais pas en parler. Je constatais donc que l’objectif tentait de se refermer et qu’une certaine force tentait de le maintenir ouvert. Au bout de quelques temps cette résistance cessa, et soudain la fermeture s’opéra. Je ne sais ce qui arriva par la suite.
    Le processus de cette « mort » avait duré quarante-neuf minutes. C’était comme un mort physique. Cela m’arrive encore maintenant: mes pieds, mes mains refroidissent, les battements du coeur ralentissent, le souffle également et il y a suffocation. Jusqu’à un certain point, vous êtes présent. Vous en arrivez, semble-t-il, à votre dernier souffle et c’est la fin… Ce qui arrive ensuite, personne n’en sait rien.
    Quand je sortis de cet état, quelqu’un m’apprit qu’on m’appelait au téléphone. Je descendis répondre. J’étais hébété. Je ne savais pas ce qui m’était arrivé. La mort physique ?… Ce qui me rendit à la vie, je n’en sais rien. Combien de temps cela dura ? Je n’en sais rien… Je ne peux rien en dire parce que l’expérimentateur n’existait plus: il n’y avait personne pour faire l’expérience de cette mort. C’était donc fini… Et je me mis debout…

    On aura tout d’abord noté que cette extase a été vécue par UG comme une calamité. Non pas pour lui, il avait apparemment le détachement suffisant, mais il la nommait ainsi en référence à ce que cela lui semble être dans des critères courants. C’est une expérience de mort. Comme Earyndil a fait remarquer (sur un autre forum) une autre observation intéressante est qu’UG décrit avant cela la purification des 5 vents des 5 sens de façon précise, ce qui indique probablement l’authenticité de l’expérience, comme il est indiqué dans la doctrine secrète bouddhiste. Earyndil dit : « il décrit exactement le processus de dissolution des vents dans un point d’entrée du canal central, et l’impression de mourir qui en résulte. » On notera ensuite que c’est la même expérience presque identique à celle que décrit Ramana Maharshi.

    Or comment ne pas relier cet évènement à la discussion qu’il eut avec Ramana Maharshi? « Je peux te la donner, mais peux-tu la prendre? » La réponse du Maître semble en quelque sorte prendre vie ici. Il est curieux qu’ensuite UG nie tout lien entre son expérience et sa recherche spirituelle préalable. Il y a un point de vue où c’est exact, mais cette affirmation d’UG en contradiction apparente complète avec ce qui semble être véritablement la grâce de Ramana Maharshi pose un problème. Il semble clair ici que la réalisation d’UG est incomplète, même si l’expérience de Nirvikalpa est réelle et inspire puissamment son enseignement. Et elle est parfaitement exprimée ici.

    Le fait est : l’affirmation comme quoi cette expérience de nirvikalpa samadhi est sans cause… n’est qu’intellectuelle. Il y a aussi ce leitmotiv central de son non-enseignement : « Je suis forcé par la nature de votre écoute de toujours nier la première affirmation par une autre affirmation. Puis la seconde affirmation est niée par une troisième et ainsi de suite. Mon but n’est pas quelque thèse dialectique confortable mais la négation totale de tout ce qui peut être exprimé. » Là aussi c’est intellectuellement brillant, une magnifique phrase issue du point de vue intellectuel le plus avancé possible, celui où l’intellect s’est réellement dissout dans sa source en pleine conscience. Mais dans la pratique, ce comportement n’a rien à voir avec celui auquel on s’attend auprès des Eveillés authentiques. (Quoique les Eveillés mettent toujours en défaut nos attentes). Cette phrase d’UG d’une grande beauté en tant que construction mentale, ne sort généralement pas de la bouche des êtres parfaitement accomplis, parce qu’elle n’apporte aucune aide. Ils préfèrent à mon sens faire réellement vivre progressivement cet expérience aux pèlerins qui viennent prendre refuge auprès d’eux. Qu’on questionne les disciples et ils vous diront que cette destruction systématique de toute certitude est bien l’opération que le véritable Eveillé fait sans cesse sur eux. Le dire est une chose inutile, le faire pour de vrai dans l’expérience du disciple est l’acte par lequel l’expérience peut se transmettre. Dire cela ne transmet rien.
    Ainsi, alors que Ramana Maharshi a répondu « Je peux te la donner » et manifestement l’a même fait de toute évidence, UG a toujours dit qu’il ne pouvait donner cette expérience à personne. UG a parfaitement intégré intellectuellement cette expérience et il l’a peut-être mieux exprimée que quiconque. Mais cette expression semble selon notre point de vue privée de l’immense compassion des sages qui n’ont pas d’intérêt pour l’expression intellectuelle qui n’est qu’une coquille vide, mais qui en revanche, transmettent leur expérience réellement. Notre point de vue cependant est-il pertinent? Dans tous les cas, UG est un exemple exceptionnel, qui est parvenu plus loin que la plupart des « maîtres » du pseudo-advaïta. S’il est arrivé si loin, c’est grâce à sa rigueur exceptionnelle, rejetant toute forme d’illusion ou de confort intellectuel provisoire. Son témoignage est édifiant en tout cas intellectuellement. Cependant peut-on ici conseiller de s’intéresser à un tel enseignement alors qu’il existe des sages parfaitement réalisés qui peuvent mener réellement le disciple à la réalisation? Ou bien doit-on considérer que pour UG, le pseudo-advaïta est justement de l’autre côté, dans les religions et croyances spirituelles… Parfois, comprendre et expérimenter sont deux choses inconciliables. Seule l’expérience amène la véritable compréhension, l’autre, la compréhension relative, aussi loin qu’on aille, est en elle-même non-expérience et non-réalisation. D’un autre côté, UG est allé plus loin que beaucoup des « maîtres » qu’on trouve ici ou là, du point de vue purement intellectuel, c’est bien plus intéressant ici que la grande majorité des textes du pseudo-advaïta. Ca a au moins le mérite de mettre en branle nos certitudes eu lieu d’en rajouter de nouvelles comme les neuf dixièmes des auteurs. Ce mérite ne doit pas être sous-estimé.

    Qui peut dire ce qu’il en est vraiment? Et il ne serait pas correct d’aborder à nouveau ici le sujet du pseudo-advaïta sans rappeler la conclusion de l’article. Le pseuso-advaïta n’est pas le problème en lui-même. Il suit l’advaita comme une ombre suit un homme au soleil. Personne ne pourra jamais séparer l’homme au soleil de son ombre. Même s’il court très vite, son ombre le suit. Laissons l’ombre où elle se trouve et embrassons l’homme.

    http://pandore.net/agora/topic11490.html#top

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