L’entité pensante individuelle, chère à Descartes et à chacun de nous, n’existe pas

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HUH ?   Je…  Je n’est jamais pensé à çà ! Peut-être que nous n’existons pas réellement …

U.G. nous dit que le sens du moi individuel n’est qu’un produit de la pensée, c’est un concept parmi les autres. L’entité pensante individuelle, chère à Descartes et à chacun de nous, n’existe pas -à la manière dont chacun de nous se conçoit et se sent exister. Elle est certainement au centre de notre vie personnelle, elle est à la base de toute organisation humaine, sociale, politique, judiciaire, et certainement à la base de toute conception et organisation religieuse, à part certaines approches mystiques. Malheureusement, dit U.G., il n’y a rien de tel, c’est une illusion totale. Pire, d’autres concepts sont inextricablement liés au moi, et en conséquence ne sont, comme lui, que des concepts, c’est-à-dire des fictions au niveau de la réalité vivante. Citons en vrac : le libre-arbitre, les valeurs (morales, esthétiques, et autres), et même, pour aller jusqu’au bout, le sens des choses : le sens des choses est créé par nous, c’est-à-dire par la pensée. En dehors de la pensée il n’y a ni individu ni sens des choses. Mais malheureusement la pensée ne peut rien saisir de la réalité vivante, et comme nous sommes pensée, nous ne sentons rien de la vie -tout au plus croyons-nous à tort être vivant.

Ce que dit U.G. est à la fois simple et incompréhensible, parce que nous essayons de concevoir ce que ce diable “d’état naturel” peut bien être; parce qu’en fait ce qui nous intéresse vraiment, machines à penser que nous sommes devenus, ce n’est pas de vivre cet état naturel, mais seulement de le penser. Ou alors, nous croyons qu’il est d’abord nécessaire de le penser pour pouvoir le vivre; ou même, qu’il suffit de le penser pour le vivre. De ce fait, il nous est impossible de réaliser, de rendre réel -intimement réel et vivant- ce qu’il nous dit. Le seul instrument dont nous disposions est la pensée, qui ne peut pas, nous dit U.G., appréhender la réalité vivante et fluide. Elle forme un écran impénétrable entre nous et la vie. Quand nous connaissons quelque chose, nous ne connaissons pas la chose, nous d’interpréter dans ses paroles quelque chose de l’indicible. U.G. veut extirper toute possibilité d’illusion.

Le dénommé U.G. Krishnamurti a une personnalité d’agent provocateur. Comme Nietzsche, mais d’une manière à la fois plus radicale et plus désinvolte, il fait de la philosophie à coups de marteau-bien qu’il nie être un philosophe, un guru, ou quoi que ce soit d’autre.

JM Terdjman.

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