De l’inutilité des Princes

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Eloge de l’anarchie par deux excentriques chinois

Il y déjà fort longtemps que le danger et l’inutilité sur le sort des hommes de toute forme de pouvoir a été mis en évidence et pas qu’en occident.

”Les confucéens prétendent que l’Auguste Ciel, après avoir donné naissance au peuple, l’a doté d’un monarque. Mais le Ciel a-t-il une langue pour prodiguer ses conseils .

Les faibles se soumettent aux forts et les sots se laissent commander par les fourbes. Les rapports entre prince et sujets reposent sur cette soumission des faibles, comme le contrôle des masses ignorantes sur celle des sots. Ainsi l’esclavage et la corvée sont l’expression d’un rapport de force et d’intelligence entre les hommes ou l’Azur n’a aucune part.
…On accable de corvées la multitude afin qu’elle assure l’entretien des officiers. Les nobles ont des prébendes tandis que le peuple vit dans la misère…
Dans la haute antiquité il n’y avait ni prince ni sujets. On creusait des puits pour boire et l’on labourait la terre pour se nourrir…Chacun se contentait de son lot, et personne ne cherchait à rivaliser avec autrui ni à exercer de charges…Le profit n’avait pas encore fait son apparition ; malheurs et troubles étaient inconnus. Lances et boucliers étaient sans emploi et il n’y avait ni murailles ni fossés…L’on bâfrait et l’on s’esclaffait ; on se tapait sur le ventre et on s’ébaudissait. La parole était franche et la conduite sans façons. Comment aurait-on songé à pressurer les humbles pour accaparer leurs biens et à instaurer des châtiments afin de les faire tomber sous le coup de la loi ?

Puis la décadence vint. On recourut à la ruse et à l’artifice. Ce fut la ruine de la vertu. On instaura la hiérarchie. On compliqua tout avec des génuflexions rituelles, les salamalecs et les prescriptions somptuaires…On empila la terre et le bois en des tours qui percèrent la nue…Les princes rassemblèrent des monceaux de jade sans réussir à satisfaire leurs caprices, ils se procurèrent des montagnes d’or sans parvenir à subvenir à leurs dépenses…Pouvoir et profit ouvrent la voie à l’accaparement et à la spoliation. Bientôt l’on se met à fabriquer des armes tranchantes déchaînant le gout de la conquête. …

C’est ainsi qu’il fut possible aux tyrans et à leurs émules de mettre à mort ceux qui leur adressaient des remontrances…ils se livrèrent aux pires excès de la barbarie… Si de tels individus étaient restés de simples particuliers, même dotés du plus mauvais fond et des désirs les plus monstrueux, jamais il ne leur aurait été loisible de se livrer à de telles exactions. Mais du fait qu’ils étaient princes, il purent donner libre carrière à leurs appétits et lâcher la bride à leurs vices…Ainsi l’institution des monarques est la cause de tous les maux…Prétendre apporter la paix grâce aux rites et corriger les moeurs par les règlements, dans une société où le maître des hommes tremble et se tourmente en haut dans son palais tandis qu’en bas le peuple se débat dans la misère, me semble aussi vain que de vouloir endiguer les eaux du déluge avec une poignée de terre et obstruer avec le doigt la source jaillissante et insondable d’où proviennent les océans !”

De l’inutilité des princes, texte taoiste du troisième siècle.
Tiré du livre : éloge de l’anarchie par deux excentriques Chinois. Aux éditions de l’Encyclopédie des Nuisances

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