La Voie ? Quelle voie ?

Si vous ne voulez aller nulle part, où est le besoin pour vous de chercher un chemin?

UG.

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Un commentaire sur “La Voie ? Quelle voie ?

  1. TOUT EST VOIE

    A tous ceux qui s’imaginent que la voie qu’ils suivent est la meilleure, voire la seule possible, et aussi à ceux qui désespèrent de trouver leur voie, j’adresse ces quelques mots fraternels.
    Il y eut un temps – pas si lointain – dans ma vie où j’avais la sensation d’avoir totalement perdu la voie. Tout ce qui anime et soutient une recherche – l’adhésion à une doctrine, la confiance en une méthode, la foi en des maîtres – avait disparu. Je me retrouvai, comme après un bombardement ou un tremblement de terre, dans un paysage dévasté, survivant plus que vivant, fabuleusement libre mais sans joie, car à quoi bon la liberté si l’on n’a plus envie de rien, si l’on ne croit plus en rien, si rien ne vous attire ici plutôt que là-bas ?
    C’est alors qu’émergea peu à peu en moi cette intuition que, dans cette solitude nouvelle, dans cette absence totale de référence, de soutien et de perspective, là même, au cœur glacé de ce malheur, se trouvait peut-être ma chance et, d’une certaine manière… ma voie. Ma voie, mon chemin – quel mot employer ? – c’était, paradoxalement, la non-voie, le non-chemin. Comme si le refus souple, insaisissable, ludique, de toute voie, de toute méthode, de tout magistère, de toute tradition libérait en moi une énergie insoupçonnée, rafraîchissante qui, à son tour, d’elle-même, m’ouvrait le chemin, m’indiquait le sens, d’instant en instant, vague après vague. Car, à cette vision que ma voie spécifique était la non-voie, succéda – presque dans une éblouissante concomitance – une autre évidence : celle que TOUT EST VOIE. Parce qu’il n’y a pas de voie, parce que toute voie définie est illusoire et décevante, à cause de cela même – n’essayez pas de comprendre par la raison – eh bien tout est voie. Il devient alors indifférent d’aller à droite ou à gauche, en avant ou en arrière. Où que vous alliez (et même si la mort est au bout, elle y est toujours d’ailleurs, ce n’est qu’une question de temps), où que vos pas et votre fantaisie vous portent donc, cela est juste, adéquat, dans l’instant. Bien sûr, dans cette spontanéité totale, vous serez amené à éviter ou à accepter ceci ou cela. Mais ce « choix » sera aussi rapide, instinctif, spontané et sans trace que celui de l’oiseau qui, selon un souffle senti, une proie aperçue, un subtil changement de lumière, modifie soudain sa trajectoire dans le ciel. Vous avez agi ou réagi ainsi : une heure, une minute, une seconde plus tard, il en sera peut-être tout autrement. Mais, comme vous avez renoncé à comprendre votre vie, à y mettre de l’ordre, à lui donner une direction, ces changements n’ont aucune importance. Pour votre entourage vous pouvez certes devenir indéchiffrable et imprévisible. Mais cet entourage est désormais perçu comme une projection, un prolongement de vous-même, non essentiellement différent de vous-même. Vous n’êtes plus dans le temps et l’espace, le temps et l’espace sont en vous. Vous n’êtes plus un individu face à un autre individu, les deux individus se déploient dans la même magie, se réfléchissent l’un l’autre dans le même miroir. Quand je découvre que je ne suis pas plus moi que lui ou elle, qu’il n’y a pas d’autre parce qu’il n’y a personne, soit je deviens fou, soit je deviens sage, soit j’éclate de rire.
    Alors mille fois oui, tout devient voie, le détachement et la jouissance, la solitude et la foule, le silence et le bruit, la paix et la violence et, n’en déplaise aux fanatiques pseudo-religieux qui polluent de plus en plus cette planète (mais qui naturellement sont eux aussi la voie), le Mal comme le Bien. Embrasser l’ombre avec la lumière ne signifie pas que vous passez – en termes moraux – du côté de l’ombre, que vous tournez au monstre, à l’être pervers et diabolique. Mais, jusque dans ce qui vous fait le plus horreur, c’est comme si vous étiez devenu capable de discerner la secrète lumière. L’être aimé qui vous quitte, l’enfant que vous perdez, la flamme qui détruit l’œuvre de votre vie, l’oppression banale et visqueuse du quotidien, c’est cela même qui – incroyable retournement – vous illumine, vous libère, vous éveille.
    Pierre Feuga

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